Rencontre avec Théo, expert API chez AGI depuis bientôt dix ans. Il décrypte dans cette interview les enjeux d’interconnexion auxquels font face les entreprises de l’agro, du négoce et de l’industrie : échanges de données en continu, fiabilité, et obligation de facturation électronique dès septembre 2026.
Théo, pouvez-vous nous expliquer votre rôle chez AGI et en quoi consiste votre expertise autour des API ?
Cela fait bientôt dix ans que je travaille chez AGI, principalement comme analyste-développeur.
Mes premières années ont été consacrées à l’application InteGraal Agro : son évolution fonctionnelle ainsi que sa maintenance de niveau 1.
En parallèle, la refonte complète de la gamme InteGraal (Agro mais aussi Indus, Négoce, Magasin, etc) sous le nom de « InteGraal XXL » était déjà bien engagée, et je m’y suis progressivement consacré à plein temps.
Sont ensuite venus s’ajouter des projets d’échanges de données en temps réel entre InteGraal et différents systèmes externes : plateformes e-commerce (Prestashop, Shopify, etc) ou des outils plus spécifiques, comme une API de validation de cahier des charges pour nos clients ayant des produits Label Rouge. L’équipe n’avait pas encore de référent API à ce moment-là, j’ai donc pris en charge une bonne partie de ces sujets, et c’est au fil de ces projets que s’est construite mon expertise autour des API, notamment sur l’estimation des charges de développement, les méthodes pour raccorder InteGraal aux systèmes externes et la fiabilisation des échanges.
Les projets API se multipliant, c’est une compétence qui devenait de plus en plus stratégique pour l’équipe. Plusieurs collègues ont eux aussi mené des projets de ce type, et le partage de connaissances entre nous a vraiment fait progresser nos méthodes de conception.
Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux d’interconnexion des outils pour les entreprises, notamment dans l’agro, le négoce ou l’industrie ?
La plupart de nos clients ont besoin d’échanger des données avec de nombreux partenaires extérieurs : transactions EDI pour les bons de commande et les factures, remontée des commandes B2C/B2B depuis le site de vente en ligne, suivi des expéditions auprès des transporteurs, etc. Exemple supplémentaire très concret : la facturation électronique devient progressivement obligatoire. Dès septembre 2026, toutes les entreprises devront pouvoir recevoir leurs factures au format électronique, et en septembre 2027, toutes devront aussi les émettre ainsi.
Quel que soit le type d’échange, les attentes sont les mêmes :
- Beaucoup de données, en continu : les échanges sont quotidiens, parfois permanents (stock par exemple). Les gérer manuellement n’est plus envisageable
- Des données toujours à jour : une donnée de la veille peut déjà être périmée. Il faut pouvoir se fier à la situation réelle du moment
- Des données justes : une erreur dans un échange (un mauvais stock, une commande perdue) se voit immédiatement côté client. La donnée doit être fiable d’un bout à l’autre
- Tout regrouper au même endroit : plutôt que d’aller chercher l’information sur un site web ou dans un autre logiciel, l’utilisateur doit pouvoir la consulter directement dans l’ERP
Pour répondre à tout ça, il faut des échanges automatiques et fiables, et c’est précisément ce que permettent les API.
Concrètement, en quoi les API permettent-elles de simplifier le quotidien des entreprises et d’améliorer la circulation des données ?
Pendant longtemps, ces échanges passaient surtout par des fichiers plats déposés en FTP. C’est une approche éprouvée, mais qui montre vite ses limites : on travaille par lots, avec de la latence (plusieurs heures parfois), et le moindre incident sur un fichier est difficile à rattraper. Pour les nouveaux besoins, on privilégie désormais la solution API dès qu’elle est disponible, pour un gain net en performance, en réactivité et en fiabilité.
Une API, c’est un point de contact standardisé entre deux systèmes : elle définit comment ils échangent l’information, sans que l’un ait besoin de connaître le fonctionnement interne de l’autre.
Concrètement, cela permet :
- de supprimer les imports/exports manuels de fichiers, sources de ressaisies, d’erreurs et de pertes de temps
- d’échanger en temps réel, sans doute l’apport le plus structurant : la donnée est transmise au moment où l’événement survient. Une commande, une mise à jour de stock ou un changement de statut sont répercutés immédiatement, plutôt qu’au prochain lot, potentiellement plusieurs heures après
- de conserver une donnée unique, dont l’ERP reste généralement la source de référence, diffusée telle quelle vers les systèmes externes, sans ressaisie ni risque de divergence
Au quotidien, cela se traduit par moins de manipulations manuelles, des données plus fiables, et des équipes qui se concentrent sur leur métier plutôt que sur la « tuyauterie » entre les outils.
Selon vous, quelles sont les évolutions à venir autour des API et de l’interconnexion des systèmes dans les prochaines années ?
Impossible de parler de l’avenir des API sans évoquer l’intelligence artificielle. Un standard récent retient l’attention : le MCP (Model Context Protocol). Il permet à une IA de se connecter directement à un système comme InteGraal et d’appeler elle-même les bons services. L’intérêt principal : l’utilisateur n’a plus besoin de connaître la technique. Il formule sa demande en langage naturel, l’IA s’occupe du reste et lui répond tout aussi simplement.
Au final, on se dirige vers des systèmes de plus en plus interconnectés, avec une couche d’IA qui les rend accessibles à tous, même sans compétences techniques.



